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éditions du Groupe de L'Ours
autour du lettrisme, des situationistes, de l'Oulipo et la pataphysique
Se dire lettriste toujours, parce que ça fait hurler les chiens.

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1973 par Antoine Grimaud

2 eme oiseau rare
Deuxième oiseau rare
1973 Antoine Grimaud

Des-millions d'oiseaux bleus
Des millions d'oiseaux bleus
1973 Antoine Grimaud

Des millions d'oiseaux bleus [3]
Des millions d'oiseaux bleus [3]
1973 Antoine Grimaud

Je suis hanté
Je suis hanté
1973 Antoine Grimaud

1973 à propos du branle-bas ...

Il est difficile parfois de se souvenir précisément du passé. Plongé dans mes caisses d’archives, je ressors des documents, dont certains ne m’évoquent que peu de souvenirs. Ils sont pourtant là, et c’est moi qui les y ait mis, il y a longtemps déjà.
Il en est ainsi d’un tract à propos d’un « Branle-Bas » le 30/01 à la faculté de Censier. Nous intervenions souvent à Censier, mais là ? … rien ne me revient. Le branle-bas dont je me souviens, et qui nous secouera durablement, a dans mon souvenir lieu l’année suivante, et j’en parlerai plus tard. Toujours est-il qu’il existe deux textes recto-verso sur un tract « A propos du branle-bas du 30 janvier 1973 à la faculté de Censier. Ce que nous voulons : » signé Isidore Isou et « Ce que veulent les cloportes de Censier …. », signé « Le comité de vérification de Censier ».
J’en conclus que nous avions mené une action, … ,  et que nous n’avions pas gagné.

[ J'ai gardé plusieurs  versions du tirage de ce tract, de divers formats (21 sur 27 ou 29,7) et de diverses couleurs. A l'époque je participais au tirage de ces tracts, généralement sur la Ronéo de Jean-Paul Curtay mais je ne me souviens plus pourquoi il y avait ainsi ces mélanges de papiers ? Peut-être distribués à diverses occasions, ou tout simplement utilisation des stocks existants ? ]

1973 Ce que veulent les cloportes ...

 

1973 La lettre et le signe, Galerie La Guilde.

En  Mars Avril : du 19 mars au 14 avril se tient une grande exposition du groupe, « La Lettre et le Signe », pour laquelle nous faisons, Jacqueline Tarkieltaub et moi-même l’affiche-invitation. Je pense que c’est Maurice Lemaître qui était en relation avec Joane, le propriétaire de La Guilde, librairie-galerie de la rue Quincampoix, chez qui d’autres expositions auront lieu au fil du temps. C’est dans cette rue que quelques années avant – et encore à l’époque me semble-t-il – Marcel Dadi donnait ses cours de guitare.


Hypergraphie
1973 Antoine Grimaud


Hypergraphie
1973 Antoine Grimaud

L'oiseau rare
L'oiseau rare
1973 Antoine Grimaud

L'arche de Noé
L'arche de Noé
1973 Antoine Grimaud


élémentaire mon cher Watson
1973 Antoine Grimaud

En plus de quelques tableaux et dessins, j'exposais là "Le Mariage", roman hypergraphique dont il me reste ces 4 photos de faible qualités.
[ Collage et encre, format raisin, 4 pages ]

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Le Mariage 1
1973 Antoine Grimaud
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Le Mariage  2
1973 Antoine Grimaud
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Le Mariage 3
1973 Antoine Grimaud
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Le Mariage 4
1973 Antoine Grimaud

 

En Mai nous distribuons avec Maurice lemaître un tract imprimé (et non ronéoté come il était souvent d'usage)
"Un individu équivoque : François Mathey à propos de son exposition Equivoques au musée des Arts décoratifs"
Ce tract est indiqué comme ayant été publié le 7 mai 1973 par diverses revues dont Documents Lettristes, dont le premier numéro devait être prévu pour cette époque là. J'ai d'ailleurs un texte dactylographié, destiné à la couverture de cette revue, et daté du 13 mai.
Depuis 1972 et son exposition très controversée, (
Douze ans d'art contemporain en France, Grand Palais, mai-septembre 1972), Mathey était souvent la cible de nos attaques.
En Mai encore, nous publions l'Histoire du Roman depuis les origines jusqu’à l’hypergraphie, texte d’Isidore Isou dans le numéro 30 de CRL [Bulletin du centre de la recherche lettriste], revue fondée par Roberto Altmann, Jacques Spacagna et Roland Sabatier. Comment me suis-je retrouvé co-directeur de ce numéro avec Jean-Paul Curtay ?
Nous avions l’intention de publier cette histoire du roman et je m’étais chargé d’écrire la partie sur le roman grec et latin. Grâce à Roland Sabatier qui m’avait fait une lettre de commande d’un ouvrage   au nom des éditions Georges Visat, j’avais pu obtenir une carte à la BN, et je me souviens avec plaisir de ces longues heures de lecture, plongé dans l’âne d’or d’Apulée ou le Satiricon.
Des grecs je ne retrouve qu’une fiche avec deux titres « Chéréas et Callirhoé » et « Leucippé et Clitophon ». Les ai-je lus alors ? Où n’était-ce que pour la beauté des phonèmes ? J’y retrouve, mais pourtant elle fut publiée un an avant, les sonorités de « Clitorème et Médalété » ma première revue, dont une des caractéristiques était que tous les numéros devaient avoir des formats différents. Je me souviens que Satié m’expliqua pourquoi c’était une idée idiote, aucun collectionneur ne s’embarquant dans ce genre d’aventure. Il est vrai que je ne fis pas fortune.

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Isidore Isou, Antoine Grimaud et Jean-Paul Curtay Histoire du roman CRL

 

En Juin : Nous partons à quelques uns à Bruxelles, pour assister au vernissage de l’exposition qui se tient à la galerie Espace 2000. Il y a Jean-Pierre Gillard, François Poyet, Florence Villers et moi même. Je suis étonné aujourd’hui de ne pas revoir Gérard Philippe Broutin parmi nous, et je ne comprends pas pourquoi il n’aurait pas été là, mais le fait est que je ne me souviens que des trois autres.

[ EN 2008, Gérard contacté répond qu'il ne se souvient plus non plus s'il y était et écrit drôlement "Zéro au test mémoire".
Si on est deux à ne pas se souvenir, peut-être n'y était-il pas ? ]

1973 Antoine Grimaud
Organigramme hypergraphique
 Organigramme hypergraphique

La galerie est magnifique, l’exposition splendide, nous sommes très chaleureusement reçus par le propriétaire qui a payé notre voyage et nous loge … bref nous sommes ravis. J’expose une très grande toile [120 fig.], et cette toile est achetée au prix fantastique de 3 000 francs par un amateur qu’on me présente comme un monsieur Perdriel, de la famille du Nouvel Observateur. A l’époque, j’avais calculé que je vivais bien si j’arrivais à trouver 300 francs par mois et cette vente énorme m’avait littéralement dopé. Dans les jours qui suivirent j’avais intégralement dépensé la somme par avance, qui bien sûr ne fut jamais payée, mais je pus cependant récupérer la toile. Cette « vente » est toujours restée ma meilleure vente, celle dont je me souviens avec le plus de plaisir, tant fut forte la joie  ressentie ce soir là, pendant quelques heures.

Il était prévu que nous ferions, à quatre une œuvre en public, ce qui ne correspondait pas du tout à notre façon habituelle de travailler, mais beaucoup à la mode de l’époque portée sur les « performances » et, bien aidés par l’alcool, nous commencions notre œuvre commune dans la joie et l’enthousiasme. Le public était venu nombreux, des gens chics, bien habillés, des femmes en robes de soirée, des types à tête d’homme d’affaires, rien de ce à quoi nous étions habitués. Vraiment la Belgique s’avérait un paradis, car tous ces gens semblaient prendre intérêt à nous. A grands gestes, avec ou sans élan, par touches et griffures successives, l’œuvre avançait. Je me souviens quand même d’avoir été assez inquiet du résultat : ce n’était ni très beau ni très créatif, mais cela semblait intéresser notre public. Jean-Pierre qui avait la main secoua fortement son stylo qui semblait manquer d’encre et nous vîmes, à quelques mètres de là, la longue robe claire d’une dame respectable se couvrir d’une traînée à la Pollock, tout à fait spectaculaire. Il semble que nul ne le remarqua, et à la fin, nous ne signâmes pas la robe. Il fallut dédicacer quelques ouvrages aussi, de beaux livres que nous grabouillions un peu, dans des improvisations aléatoires !


Le lendemain, toujours un peu grisés, certaines cartes d’identité furent abandonnés aux douaniers, le chauffeur ayant repris la route un peu tôt, sans que le contrôle ne fut fini. Je ne me souviens pas comment ces papiers furent récupérés, ni s’ils le furent d’ailleurs ?

1973-Grande-hypergraphie-pe.jpg (25303 octets)Grande Hypergraphie
1973 Antoine Grimaud

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Projets de logo pour notre hôte
par Jean-Pierre Gillard

 

C’est en mars, avant une réunion de groupe, que j’ai vu mon premier film situationiste « La dialectique peut-elle casser des briques » de René Viennet, qui m’a beaucoup réjoui et bien fait rire souvent, tant le choc des images et des discours était roboratif. Je pense qu’à l’époque je n’avais pas encore vu « Le traité de bave et d’éternité » d’Isou qui me bouleverse encore aujourd’hui, et ce n’est que plus tard que je verrai la plupart des films de Debord, dont le somptueux « In girum imus nocte et consumimur igni ». C'est Francis Deron, [pas encore en prison sous Mao, ni correspondant de presse en chine], qui m'avait indiqué, bien avant sa sortie, ce film de Viennet avec qui il travaillait régulièrement . Ma fréquentation du "vieil Isidore" amusait fort mon vieux copain.
L'anné suivante, il participera à la publication du fameux "Révo cul dans la chine pop"

Le soir même je  compris qu’il n’était pas lettristiquement correct de s’amuser à ce film, et nous sortîmes bientôt un tract virulent (5 pages format 21 x 27), sur lequel on trouve mon nom bien évidemment. Je ne me souviens pas d’avoir participé au lancer de ce tract, mais généralement ces opérations se faisaient à un ou deux seulement. Il est surprenant, le nombre de tracts que nous lancions dans Paris, atteints d’une graphomanie importante et compulsive.
La règle du groupe était que le responsable d’une action pouvait utiliser la signature de tous les membres du groupe, quitte à être attaqué après coup, [ en respectant un délai d'un mois après la fin de l'action ] et donc ces tracts n’étaient généralement pas discutés avant leur lancement.
Mais il est surprenant aussi pour moi aujourd’hui que je n’ai pas été dérangé par cette prose le plus souvent lourde et indigeste, avec les mots importants soulignés, souvent rabâchés d’un texte à l’autre, et je ne crois pas avoir jamais éprouvé le besoin de les discuter alors. Ce n’est que des années après que je demanderai que mon nom ne paraisse plus sur un texte que je n’aurais pas validé explicitement, et que de fait il ne parut plus. 
En 1973 je me coupais parfaitement bien en deux, prenant un grand plaisir au film « détourné » et approuvant certainement le tract incendiaire lancé contre lui ( ?) ou au moins n'y attachant pas d'importance.
Pour voir le film sur UBU Web
 
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en plus des 20 signataires habituels, membres du groupe cette année là, on trouve les noms de François Legrand, Yves Logut, Serge Luscin, Catherine Martin, Jacques Mestre, Philippe Mantaneçay, Annie Mouquet, France Muttin, Jeanne Nollot, Didier Pernet, Danièle Petit, Christian Pigeot, Bernard Prunier, Renè Regnier, Jean Rosny, Nicole Toutan, Louis Violet, Marcel Voisin, "Pour les comités de vigilance des écoles, des lycées et des universités"
Il était courant à l'époque de chosir des noms au hasard dans l'annuaire, pour faire nombre.
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En Juin / Juillet : du 15 juin au 20 juillet, se tient une magnifique exposition à la Galerie Suzanne Visat, « La Vérité Lettriste » qui présente les 22 membres du groupe de l’époque, plus Pomerand. Les morts sont gens très fréquentables ! Spacagna n’est plus là, qui a quitté le groupe en 1972, et qui reste certainement l’un des plus grands peintres lettristes qui soit, des plus créatifs, auteur de toiles magnifiques et diseur de génie quand il récitait ses poèmes. Alain Latour y est aussi, mort depuis, et dont j’ai le bonheur de posséder quelques livres originaux qu’il m’a offert. Ce n’était pas un comportement si courant, dans le groupe, d’offrir ses œuvres et, si j’aime beaucoup sa peinture, j’aimais aussi l’homme, sa modestie et sa gentillesse.
Quand je revois cette invitation, je retrouve toute l’amitié qui me liait à beaucoup des exposants : Florence Villers partage toujours ma vie, Sylvie Fauconnier et Pierre Jouvet sont deux amis très chers, … Les trente-cinq dernières années m’ont séparé des autres mais j’espère souvent en revoir certains, au hasard d’une rencontre. Peu finalement me sont devenus antipathiques, malgré des divergences fortes et violentes qui apparaîtront quelques années plus tard.

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Le groupe
1973 Antoine Grimaud

1973 Antoine grimaud, Galerie Suza Visat
Antoine Grimaud, Galerie Suzanne Visat

1973 Antoine grimaud, Galerie Suza Visat
Antoine Grimaud

 

Sylvie Fauconnier
et
Florence Villers


Avec Sylvie Fauconnier
en robe "Broutin"

 

Avec Patrick Poulain

 

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2 ouvrages d'Alain Latour, format quart de page, couverture métallique

 

En Août nous participons au Festival d’Edimbourg. Je ne me souviens plus qui j’avais rencontré, à la demande de Roland Sabatier, pour défendre la participation du groupe  à ce festival, mais la rencontre avait été fructueuse puisque je me suis retrouvé « responsable » de la participation française à la section cinéma. Nous sommes partis à quatre, Pierre Jouvet, Mona Fillières, Anna Gauffre et moi même, dans la fameuse 4L « hypergraphiée » de « L’autre », le coffre empli de tous les films et documents que nous avions réuni. Il faudra peut-être un jour raconter ces quelques jours en écosse, mouvementés et profitables. Je me souviens des discussions assez violentes avec le responsable de notre invitation qui s’avéra une espèce de faussaire ou d’escroc, nullement habilité à signer au nom du festival les papiers qui nous garantissaient argent, logis et couverts ! Tout cela fut trouvé, mais difficilement. Et une salle aussi nous fut attribuée pour plusieurs jours de présentation. Qui n’a pas assisté  à une séance de cinéma lettriste aura des difficultés à comprendre l’énergie qu’il fallait déployer pour que se projette le film à couleur indépendante de la pellicule ; celui dont la bande son devait se faire (bruitage et explosions comprises) en direct depuis la salle ; ceux dont la pellicule trop ciselées se brisait ou prenait feu, trop chargée en peinture qui encrassait les appareils de projection. Sans compter la commission de censure qui nous obligea à déposer un panneau X sur la porte de la salle, chaque fois qu’un film passait, dont la bande son leur avait paru trop suggestive. 
A ce même festival, des années après, regardant plus en détail le programme, je m’aperçus que John Lenon était présent également. Je n’avais pas eu le temps de m’intéresser aux autres participants, et je ne crois pas non plus qu’il soit venu assister à nos projections.


Mona Filières

 

De l'impressionnisme au lettrisme C'est en juillet que paraît chez Filipachi un très beau numéro des Grands Musées, consacré à la méca-esthétique.
Isou m'ayant demandé une oeuvre,  je lui portais  A.Uun petit 0 figure, lors d'une de nos réunions du jeudi. Il estima ne pas pouvoir la publier et me demanda une autre proposition, ce que je ne voulus pas faire. 
Ne souhaitant pas que je sois exclu de cet ouvrage il me "donna" alors deux de ses oeuvres  et demanda à Alain Satié de les photographier.  Je les découvris en lisant la revue à sa publication et je pensais alors que le chapeau devait être  à l'envers.

Isou l'année précédente n'avait pas aimé que je signe mes premières toiles d'un simple G.
Moi je trouvais que pour un lettriste ....



Dans ces 2 cas je constate que, pour autant que je m'en souvienne,  cela n'avait pas beaucoup d'importance pour moi à l'époque, et que cette "censure" d'Isou, sur son bouquin, ne me génait finalement pas.
Et l'idée d'être dans un bouquin prestigieux pour une oeuvre que je n'avais pas faite m'amusait aussi, sans doute.

A-U.
Mécanique aquatique
Oeuvre donniste

 

Maurice Lemaître

En Octobre : Le Centre International de Séjour organise une exposition d’un mois intitulée « Photo-écritures lettristes » et dans ce cadre, le 27/9 Il y a une grande soirée de Poésie, Cinéma, Chorégraphie etc …dont je suis responsable. Que dire ? Que ce fut un grand succès, une soirée brillante et drôle, que le public vint nombreux ? La vérité est que je ne m’en souviens plus du tout aujourd’hui, peut-être un jour, au hasard de l’ouverture d’une caisse, retrouverais-je des éléments qui me rafraîchiront la mémoire, je complèterai alors ces souvenirs. L’exposition elle-même était sous la responsabilité de Florence Villers et présentait un ensemble de plus de 100 œuvres réparties  en quatre sections distinctes et devait, dans notre esprit, se poursuivre par une grande tournée européenne, qui, si mes souvenirs sont bons, n’eut jamais lieu.


Antoine Grimaud et Jean-Pierre Gillard
lors de la soirée du CISP

Antoine Grimaud
Gérard-Philippe Broutin
Jean-Pierre Gillard
au Centre International de Séjour de Paris

Cluny 73 perversion un soir d'été
Perversion un soir d'été
1973 Antoine Grimaud

 

Je me souviens un peu mieux de notre participation au salon « Art Sacré, Expression Spirituelle » organisée par Janine ( ?) Pichard, une charmante vieille dame dans mon souvenir, qui nous accueillit avec beaucoup de gentillesse. De façon assez drôle la toile que je présentais faillit être censurée ! L’archevêque de Paris devait inaugurer l’exposition et des membres du comité avaient craint que le titre choisi, « Les Déesses sont parmi nous », pour un portrait de Florence Villers, ne heurte sa sensibilité. J’aurais assez aimé cette censure tant la sottise peut être réjouissante, mais même eux durent admettre qu’il n’y avait pas de quoi fouetter un chat, et Jeanine Pichard les convainquit de ne pas déplacer ma toile vers quelque coin obscur.
Le vrai comique de cet incident ne m’apparut que quelques mois  plus tard quand on reparla, lors de sa mort « dans l’epectase de l’apôtre » selon le fameux communiqué de l’église, du Cardinal Danielou, dont ses ouailles craignaient que je n’offensasse la pudeur ! Je n’étais d’ailleurs pas au vernissage : si notre hôtesse était charmante, son comité était vraiment trop un ramassis de vieux cons pour poursuivre des relations une fois l’accrochage fait.

Les Déesses sont parmi nous
Les déesses sont parmi nous
1973 Antoine Grimaud


Hypergraphie
1973 Antoine Grimaud

 


" Even more courageaous, she [Janie Pichard] has hung, right at the entrance, works by a cheerfully irreverent group of Lettristes, most of   them under 25, just back from succesful group-shows in Germany and italy. They have pinned up their controversial manifesto, written by their founder Isidore Isou. This is not anti-religious but is decidedly anti-clerical in the tradition of Shelley and victor Hugo. Janie Pichard refuses to take it down : "Voyons ; this is Paris not Moscow ; I'll have no censorship here." " Susan Glyn, in The Tablet, 27 october 1973

 

Nous étions beaucoup plus intéressés par l’invitation de Maurice Fleuret à participer, dans le cadre des « Journées de Musique contemporaine », à un concert le 18 octobre, au Musée d’art moderne de la ville de Paris, où un grand nombre d’œuvres furent données, devant un public que j’avais rarement vu si nombreux !
Grâce à Fleuret, l’ensemble vocal Alborada interpréta un grand nombre d’œuvres. Pour ma part je leur confiais quelques textes, les laissant travailler, sans autre indication. Et ce fut un moment fort plaisant que d’entendre, dit par d’autres et correspondant bien à ce que j’avais souhaité, ce que j’avais écrit : j’avais la preuve que le simple agencement des phonèmes était suffisant pour guider l’interprète attentif.
Puis il y eut la soirée du 18 octobre, dans l'église Séverin, et l'happening musical sur le thème de Bach.
Ce fut une soirée mémorable, dont je garde des souvenirs joyeux et drôles. Ce fut aussi l'occasion de nous fâcher avec Maurice Fleuret qui ne nous pardonna pas de ne pas avoir respecté le contrat accepté. Mais comment pouvait-il croire que nous le respecterions ?
Il y avait là plusieurs chorales, orchestres, groupes, répartis dans l'église et chacun devait jouer sa partition, dans un lent crescendo, et rester dans l'espace qui lui était imparti. Le spectateur lui se déplaçait entre ces masses sonores, et faisait tout seul sa "balance" et son "mixage".
Que pouvions-nous, avec nos voix, face à l'orgue dans sa puissance ?
Nous débutâmes donc très violemment et rapidement, quittant notre emplacement, nous nous égaillâmes, intervenant dans chaque chorale, orchestre, créant un remue-ménage certain. Tous ne furent pas totalement hostiles à notre démarche.
Je me souviens que Daniel Humair était là, en trio avec Guy Pedersen et Raymond Guiot [ Nous connaissions bien Humair et un peu Pedersen, mais je crois avoir écouté Guiot pour la première fois ce soir là ] et qu'avec Jean-Pierre Gillard nous sommes "entrés" sur l'un de leur morceau, pour une très brève intervention. Leurs premiers regards furent de colère puis, peut-être amadoués par la brièveté de notre interruption, ils nous firent signe de revenir quelques minutes après, pour une improvisation commune dont je leur suis, aujourd'hui encore, fort reconnaissant.
Fleuret ne nous pardonna jamais, je le regrette, c'était un homme de bien.

 

externeDisparition du Psyexterne
Externe, interprété par Antoine Grimaud (on reconnait  Curtay et Broutin)
et une oeuvre de Jean-Pierre Gillard [Disparition du Psy (?)] par Jacqueline Tarkieltaub, François Poyet, Sylvie Fauconnier,
Antoine Grimaud et Anne-Catherine Caron

 

Le 23 novembre, nous participons à l’assemblée générale de la Jeune Peinture, au café Le Tambour, place de la Bastille. Classiques engueulades entre les divers groupes et  factions, sans doute que Rédélé était présent au nom du FHAR [Front Homosexuel d'Action Révolutionnaire], Fromanger aussi, Maurice Rapin et Mirabelle Dors bien sûr, les ineffables trotskistes, Nesterenko et deux autres aussi dont je revois la tête mais dont les noms m’échappent maintenant. Il était question de participer à un Front Culturel avec les Cahiers du Cinéma et le Front des Artistes Plasticiens, dans lequel nous étions déjà représentés. Là aussi un vague souvenir d’une participation à une assemblée générale où nous avions pour but de faire élire Florence Villers à la présidence de l’A.G. Elle fut élue d’ailleurs, mais était-ce ce jour là ? Et pourquoi faire ? Etait-ce ce soir là aussi, que pour contrer Isou qui avait tendance  à s’engager dans des discours jugés fort longs par l’assistance, fut votée une motion limitant le temps de parole à 2 ou 3 minutes par intervenant. Isou s’y plia sans peine, ne prenant la parole que pour prononcer une phrase ou deux - parfaitement pertinentes et efficaces - mais la prenant sans cesse, presque entre chaque autre intervenant, au grand dam de nos adversaires, essentiellement les trotskistes de l’OCI ! Appel pour un front culturel

ce tract, non signé mais facilement identifiable, fait allusion à une réunion tenue le 7 décembre 1973.(?)
Il s'agissait certainement de fédérer les divers participants autour de positions minimales communes.

 

En novembre  encore a lieu une  exposition dans la galerie de Lucien Desalmand, alors située dans le XV°. Je m'occupe de l'organisation de cette exposition et travaille dans la galerie pendant toute sa durée. Roland Sabatier avait fait l'invitation et l'affiche et une de mes grandes toiles [150 x 150] occupait toute la vitrine. Tous les autres membres du groupe avaient donné des gravures et des dessins, non exposés sur les murs, mais présentés à la demande.


Antoine Grimaud avec Lucien Desalmand


autour d'Aline Huchon,
Antoine grimaud, Florence Villers, Jean-Paul Curtay                               Janie vand Den Driessche, Florence Villers, Patrick Poulain

Grande hypergraphie
Grande Hypergraphie
1973 Antoine Grimaud

Documents Lettristes : J’avais un projet d’une revue qui garderait la mémoire des tracts lettristes en les rassemblant tous sous une même couverture. Rapidement l’idée vint d’en faire une revue super-temporelle, éternellement destinée à intégrer, classer et protéger les publications, au fur et à mesure de leur apparition.  Cette revue fut entièrement financée par Maurice Lemaître, qui m’offrait le tirage de la couverture chez son imprimeur personnel. J’en avais fait la couverture avec lui, et rédigés quelques textes de présentation, toujours avec ses conseils, son avis. Puis il se passa quelque chose, que j’ai oublié, mais peut-être lui s’en souviendra et l’écrira un jour. Toujours est-il qu’Isou jugea qu’il m’avait causé du tort et le sanctionna en lui interdisant de marquer, de quelques façons que ce soit, son nom ou même ses initiales ou un signe quelconque qui aurait attesté d’une présence/absence. [ Cela avait été fait dans un numéro fameux d'UR du 30 décembre 1950 ou Jean-Louis Brau n'apparaît que sous ses initiales, en représailles de la perte d'un manuscrit d'Isou sur la peinture, l'excuse de la consommation de mandarin curaçao et de kif n'ayant pas été retenue. ]
Mais Maurice aurait bien mérité d’avoir son nom sur cette revue, il fut mon mécène et réellement, co-fondateur de ces « Documents Lettristes » qui, dans mon souvenir, parurent dans le premier semestre 1973.
Peut-être puis-je profiter de ses souvenirs pour parler un peu de mes relations avec Maurice, homme généreux, ouvert, sympathique et attentionné. Il m’a beaucoup aidé, m’a aidé à vivre dans des moments difficiles, m’a donné de l’argent au prétexte de faire de moi un secrétaire dont il n’avait nul besoin, m’a invité à boire du thé accompagné de bons gâteaux chez sa mère, m’a montré son atelier et même proposé d’y travailler, m’a fait écrire des articles pour diverses revues, bref s’est montré fort aimable, et je l’aimais, et garde une immense tendresse pour lui. Et puis Maurice c’est aussi quelqu’un qui vous bouffe, exigeant, avide, poussé par une passion qui ne respecte personne, capable de vous faire les pires emmerdements pour des prétextes que je ne comprenais pas, et qui peut devenir totalement insupportable et odieux. Mais c’est le bon qui reste.
J’ai de grands souvenirs de ces films qu’il m’emmenait voir (il avait une carte de critique qui lui donnait droit à 2 entrées gratuites) et ou nous devions improviser totalement les dialogues et la bande son, lui gueulant à un bout de la salle et moi à l’autre, arrivant à exaspérer  les spectateurs, à les faire rire, à ne pas se faire virer ou casser la gueule et parfois à déclencher de vives bagarres entre nos détracteurs et nos partisans.

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Hypergraphie
1973 Antoine Grimaud

En novembre a lieu l'une des soirées de Clermont-Ferrand, dans le Café Théatre Issoirien, le vendredi 16. Il y a eu, avec ma participation, au moins trois soirées à Clermont-Ferrant, au fil des années. Est-ce ce jour là que nous étions descendus de Paris avec Florence Villers, François Letaillieur et Gérard-Philippe Broutin dans ma 2CV pour animer une soirée poétique ? Comme toujours nous disions les poèmes des uns et des autres et présentions un grand nombre d'œuvres et théories. A une de ces soirées, après que Broutin soit remonté sur Paris, j'avais avec Letaillieur récité quelques poèmes de Spacagna, qui n'était plus membre du groupe mais toujours l'un de mes poètes préférés, et, nous avions passé des enregistrements de Dufrêne, Brau et Wolman.

Palette
Palette
1973 Antoine Grimaud

 

En décembre, le 11, j'organise au centre Centre américain une soirée poétique dans laquelle nous récitons des poèmes, de Baudelaire à nous-mêmes pour illustrer l'histoire de la poésie, exposée en conférence.  Sylvie Fauconnier et Sandra Scarnati organisent le même soir une soirée de danse.

 

Dans ma caisse, je trouve aussi des traces d'évènements ou d'expositions (?), mais rien de plus ...
Peut-être un jour ...
Et des tracts aussi, dont je donne quelques mots.

Groupe Lettriste
Association internationale des arts - galerie de Marseille -

Exposition, préface de Michel Hoog

Ai-je participé ?

Les véritables créateurs et les falsificateurs de Dada ...

Pariser Lettristen
im « studio M »
[photocopie de 2 articles parus le 27/9/1973 dans le Frankischer Tag.]
Première intervenion de Mike Rose ?

Introduction à une nouvelle conception de la science

Loi économique des lettristes du 1er mars 1973 : texte d’Isou sur les rapports économiques entre camarades « les premiers échangistes des biens réalisés par nous…. » Ai-je lu cela à l’époque … sans aucun doute, et je l’ai même mis de côté puisque je retrouve ce texte [ronéoté, 1 page, 21 x 27], mais je ne pense pas que j’y prenais grand intérêt. Isou avait (aussi) une tendance au juridisme, un peu obsédé textuel parfois. Cela me rappelle un autre souvenir, de la même pèriode sans doute. J’aurais beaucoup aimé avoir une œuvre d’un camarade un peu plus âgé que moi et je lui avais proposé un échange ou un achat d’un de ses dessins. Il choisit l’achat et m’indiqua un prix, que je ne contestais pas, mais qui me demandait réflexion. En me promenant dans le quartier, je trouvais dans une galerie, un dessin de cette série, beaucoup moins cher que ce qui m’était demandé. Je m’étonnais donc auprès de lui, vu la commission de la galerie, combien lui vendait-il, et nous étions amis …. Et j’eus cette très jolie réponse : « tu comprends Grimaud, les galeries ils sont très durs en affaire, alors si on ne peut pas gagner sur les amis … ». Nous ne fîmes pas affaire.

Seule vérité plastique N°1

Contre Jean Clair-Goebbels, tract sur papier mauve, tiré en Février 1973, dont le titre indique le contenu, et qui était (ou devait être ?) développé dans la Seule Vérité Plastique, revue fondée par Gérard-Philippe Broutin. Nous n’étions pas amis avec Jean Clair, et il ne devait as aimer être traité de nazi … « Tant que je serai à Beaubourg, vous n’y entrerez jamai » dit-il un jour. Peut-on lui donner tort ?
Le 11 mars 1973, un tract de 5 pages, « explication de l’affaire Arkitu » qui doit être la suite et fin de l’intervention au Ranelagh en 1972
« Knakapata !

Knakapata !»

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« Défense des capacités et des qualités d’Henri Langlois » enfin un tract positif dans le début de son titre mais qui se poursuit par « et critique de ses défauts et insuffisances ». Distribué le 24 février 1973 à l’assemblée générale de la Cinémathèque. A la cinémathèque, mais sans doute avant 1968, il fallait quelques francs pour payer sa place plus un ou deux centimes pour payer son ticket. On y voyait tous les films du monde et de l’histoire du cinéma, courant après la dernière séance pour sauter dans le dernier métro ou rentrant souvent à pied dans de longues déambulations dans la nuit parisienne. Je me souviens d’avoir vu un très grand nombre de fois « Les fraises sauvages », dans des langues variées et des sous-titres improbables. C’est comme si Langlois, chaque fois qu'il n’avait pas le film annoncé, passait une nouvelle copie de ce film là.

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[décidément Goebbels nous inspirait, voici un communiqué de Maurice Lemaître du 20 janvier 1973 qui à propos de Maurice Genevoix et du Haut comité de la langue française ….. ]

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L'irréductibilité Lettriste

 

Soirée du 14 octobre 1973
à la cinémathèque
autour du

"Film est déjà commencé?"
de Maurice Lemaître

Le Petit Verre
Le petit verre
1973 Antoine Grimaud

Le mouvement Lettriste [...] 
au service de la Jeune peinture

(3 pages)

Le Petit Verre
Le petit verre
1973 Antoine Grimaud

Le Petit Verre
Le petit verre
1973 Antoine Grimaud

Nous appelons les étudiants ....

signé, entre autres, par
l'Association pour la pensée-mao-tsétoung

Le Petit Verre
Le petit verre
1973 Antoine Grimaud

Georges Pompidou,
Pierre Mesmer,
Valéry Giscard d'Estaing,
[...]
vendez [...] 
l'or de la banque de France

ou démissionnez

Organigramme
Organigramme
1973 Antoine Grimaud

Le Petit Verre
Le petit verre
1973 Antoine Grimaud

Le Musée d'art Moderne crève dans la honte et avec un dernier mauvais coup

Le Petit Verre
Le petit verre
1973 Antoine Grimaud

 

 

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