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éditions du Groupe de L'Ours
autour du lettrisme, des situationistes, de l'Oulipo et la pataphysique
Se dire lettriste toujours, parce que ça fait hurler les chiens.

 

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Antoine Grimaud
Isidore Isours
lettrisme







CENTON, subst. masc.
A. Vx. Étoffe ou vêtement fait de plusieurs morceaux de couleurs différentes (cf. CHESN. 1857).
B. P. anal.
1. LITT. Pièce de vers ou de prose composée de passages empruntés à un ou à plusieurs auteurs. Un centon d'Homère, un centon de Virgile. Ouvrage tout composé de vers tirés d'Homère, de Virgile`` (Ac. 1798-1878)
Trésor de la Langue Française Informatisé

Je vous apprendrai l'âme ourse

 

 







Prodigieux roman "oulipien", crypto-isouien et néanmoins anonyme, compilant, incorporant ou fusionnant la quasi-totalité des évocations littéraires de l'ours, conversations distinguées, dictionaires, catalogues et annuaires compris. Ouvrage reproduit par procédé aléatoire par la Société de Promotion de l'Ours...

Roger Roques, Librairie Champavert à Toulouse.

Avant propos
 où l’on dira tout du pourquoi
n’oubliant point, pourtant,
qu’on n’inscrit pas pour assombrir la population.

 François, un bon ami ayant goût du manuscrit, groupait tracts, photos ou illustrations, amassait diapos ou films, accumulait un tas d’opus, journaux publications, ayant au plus haut point la passion dont Balzac affubla jadis son Cousin Pons. Il avait pour compagnon un ours, Baloo, souriant, jovial, qui nous accompagna par avion dans un tour à Buda, un circuit charmant, comportant tout un jour sur un chaland, non point un cargo ni un yacht, navigation au fil ondoyant du flot Duna. On trouva là dans l’ourson un vrai copain, toujours gai, bavard, babillard, un gaillard souriant jamais bourru, riant à tout, bon vivant. Huit jours durant, aucun souci, nous laissions au loin tracas, travail, agitation ou chagrin.

J’avais voulu lui offrir un roman inconnu au bataillon, n’ayant jamais connu la publication, un trou noir dans son ramassis, sa compilation. Qui l’aurait pondu, produit, fait surgir ? Qui assuma sa fabrication, sa production, sa composition ? Isou pour sûr ! qui hantait l’art d’aujourd’hui, non connu du commun mais important, (nul fan club pour lui, ni intoxication du grand public par la radio.) Isou, principal artisan, obscur mais capital, dans la maison " Arts ". Isou, importun ou agaçant parfois, mais nous goûtions son apport, nous admirions son travail. Disons ainsi d’un mot : nous l’aimions.

Isou donc, ou plutôt, pour Baloo, Isours, contraction du nom commun à l’amical animal ainsi qu’à l’ami d’antan. Voilà l’inspiration ! Un faux ! Un plagiat par anticipation ! Ça amusait mon aspiration pour l’incognito, la dissimulation. Mon souhait d’anonymat y trouvait sa satisfaction. Mon goût du fard itou.

Narrant la bio d’Isours, (partant du grand-papa jusqu’à sa mort à lui), il fallait discourir sur l’ours aussi, à foison, à profusion, à tous propos, jusqu’à saturation, jusqu’à plus soif. Piochant dans un bouquin, non pas pris au hasard mais conduit sous un joug choisi, (l’inspiration dit-on à tort), picorant ainsi qu’un poussin non maladif, un oisillon sain, fouillant, sans fin, bûchant mais jouant, j’assouvissais mon ambition, mon goût, ma passion pour l’accumulation, notant à tout instant propositions ou proclamations. La compilation avançait, conduisant l’inspiration, nourrissant la narration d’un tas d’ours arrivant d’abondants horizons, bataillon flou, commando indistinct, confus, qui s’organisait pourtant, m’apportant la solution, sans façons ni chichis.

Mon discours s’ordonnait, surgi à mon insu d’un avis, un propos qu’autrui formulait, un mot conduisant au suivant. J’accumulais vingt six fois vingt huit citations, au moins, pour pouvoir, tordant, courbant, coupant, pliant, raboutant, collant, tournant, bricolant non-stop, voir surgir, à la fin, un bout à bout, puis un roman dont pas un mot, pas un tronçon, part ou portion, n’appartint d’abord à mon stylo, à mon crayon, à ma main. J’avais produit alors, par compilation, incorporation ou fusion, ma fiction : un laïus original sorti tout droit du roman voisin, un vol, un larcin, un hold-up, appropriation du travail accompli auparavant par Arnaud ou Brau, Harrison ou Irving (par traduction), Jarry, London, Proust, Rimbaud , San Antonio, Zola, ou consorts. Ainsi naquit, mot à mot, noir sur blanc, surgissant d’un canon d’autant plus ardu qu’il apparaît d’abord insignifiant pour qui lit sans savoir la solution, un roman qui, pour biscornu qu’il fût, illico, parut plutôt satisfaisant.

J’avais alors disparu, pour ma satisfaction, à l’abri dans ma construction Il suffisait au finish, pour accomplir ma disparition, la polir, " ultima finitio ", d'aboutir à un avant propos. Voilà qui fut fait, suivant la loi qu’Oulipo m’apporta. 

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